Colbert

Naissance d'une idée : 1987 - 1989

Le 10 Septembre 1987, le quotidien "Sud-Ouest" publie un article - intitulé "Le Clemenceau à la rescousse" - dans lequel se trouve l'idée

d'amarrer définitivement, sur les quais rive gauche de Bordeaux, un bâtiment de guerre hors service. Dans le corps de cet article, l'hypothèse

d'une utilisation du "Colbert" à Bordeaux, après son désarmement, est soulevé en même temps que celle du "Clemenceau".

Dès cette époque, il est clair que le projet apparaît dans sa double dimension :

intérêt intrinsèque de la conservation d'un grand bâtiment, à l'instar de ce qui se fait dans d'autres pays, notamment les États-Unis et la

Grande-Bretagne;

 intérêt d'une localisation à Bordeaux, dont la rade urbaine offre un paysage d'une ampleur unique en France.

A l'origine de cette idée d'installer dans un grand bateau au coeur de Bordeaux : Robert Pierron, alors Directeur des Etudes au Comité régional

d'Expansion, qui s'exprimait en l'espèce en tant que Secrétaire-Général de l'Association pour le Développement des Recherches Marines en

Aquitaine (ADERMA), ayant pour but de promouvoir les activités liés à la mer dans la région.

Outre un certain nombre d'attendus concernant les raisons de parvenir à une telle réalisation (rareté des sites urbains en eau profonde

utilisables ; prégnance de l'image maritime de Bordeaux ; lien du projet avec l'idée d'une vitrine du complexe militaro-industriel girondin),

étaient d'emblée formulées trois idées essentielles :

le caractère obligatoire d'un investissement public ;

la mobilisation d'un important réseau humain, formé d'anciens marins capables de consacrer du temps et de l'énergie à l'affaire ;

la nécessité d'assurer l'équilibre du fonctionnement normal grâce à la gestion d'un concessionnaire privé, s'appuyant notamment sur des

agents économiques capables d'un sponsoring.

Dans les jours qui suivent la parution de l'article du 10 septembre 1988, Jean Allix, Capitaine au long cours, Pilote de la Gironde en retraite,

effectue des démarches afin de rencontrer celui qui a suscité l'article de Sud-Ouest. Ainsi, de la rencontre entre Jean Allix et Robert Pierron, naît

rapidement l'idée que l'installation du "Colbert" à Bordeaux, plus adaptée que celle du "Clemenceau", est réalisable et qu'il est possible d'agir

afin de la mener à bonne fin.

Dans les mois d'octobre 1987 à juin 1988, différents contacts se développent, en particulier à travers des réseaux d'anciens marins. Jacques Riou,

officier de Port en retraite, contacté par Jean Allix en avril 1988, écrit à son tour au Commandant Yves La Prairie et au Vice-Amiral d'Escadre

Robert Chaperon, qui manifestent immédiatement leur intérêt.

Au cours de la même période, le Commandant André Merle a attiré l'attention des premiers promoteurs du projet sur la convergence de celui-ci

avec l'idée émise le 8 janvier 1988, lors de la présentation des voeux à l'Amiral Louzeau, par le Président national de l'Association Centrale des

Officiers de Réserve de l'Armée de Mer (ACORAM). Le nom du "Colbert", dont le désarmement n'est alors pas prévu avant 1992, est avancé pour

constituer le grand bâtiment désormais appelé à devenir une "vitrine" permanente de la Marine dans un port du pays.

Le 3 juin 1988, la Marine donne son accord de principe et déclare qu'elle ne peut que souscrire à une telle intention. Elle indique en même temps

que le montage financier de l'opération et le lieu choisi doivent être étudiés avec soin, préalablement à toute démarche.

Le 27 juin 1988, une réunion restreinte, présidée par Robert Pierron, permet à un groupe de personnes intéressées - en particulier, à des officiers

et anciens marins de tous grades et spécialités - de confronter leurs opinions.

Les attendus des différents aspects de ce que pourraient être l'installation et ensuite le fonctionnement du "Colbert" à Bordeaux sont alors

évoqués de façon approfondie. La référence aux deux "modèles" à étudier, du "Maillé-Brezé" à Nantes et du "Belfast" à Londres, est

explicitement formulée.

De juillet 1988 à janvier 1989, les contacts se poursuivent, avec les autorités de la Marine Nationale, les autorités locales, ainsi qu'avec de

nombreuses associations maritimes, parmi les quelles certaines donnent spontanément leur accord, tandis que d'autres, plus longues à

convaincre, expriment des doutes quant à la faisabilité du projet. Parmi les responsables qui manifestent à l'époque leur intérêt pour le dossier,

on peut souligner les soutiens exprimés par Robert Manciet et Gilles Servanton - respectivement Directeur et Chef de Cabinet du Président

Chaban-Delmas - , qui apportent également le concours de l'Association "La Mémoire de Bordeaux, de la Communauté Urbaine et de ses

Communes".

Le 25 janvier 1989, un petit groupe (composé de MM. Alix, Chazelon, Escarment, Fierry-Fraillon, Grossetie, Mabileau, Merle, Raynaud, Riou,

Quenivet), réuni de façon informelle, parvient à la conclusion qu'il est indispensable de constituer une Association, afin de disposer d'une

structure apte à faire aboutir l'installation du "Colbert" à Bordeaux. Il est convenu, avec Robert Pierron, d'une nouvelle réunion de travail le 9

février 1989, lors de laquelle la décision de créer une Association est prise.

Le 17 mars 1989, la première rédaction des statuts est présentée par Robert Pierron, et les conditions de création de la future association se

trouvent alors réunies.

Robert Pierron            

La concrétisation 1989 - 2005

Les contacts nécessaires sont pris et la Marine Nationale se déclare

favorable au projet. Les locaux ainsi que le Commissariat de la Marine

recherchent la solution. Le Groupe ACCOR, de son côté, s’intéresse à la

sauvegarde de monuments. Il est contacté et sa réponse est nette et

franche : « Le dossier nous intéresse ».

La Marine Nationale élabore un projet de contrat de concession du

bâtiment à l’Association avec mission, pour celle-ci, de « sous-concéder

avec subrogation» l’exploitation à une entreprise privée dont le but est de

faire vivre et entretenir le Croiseur avec les ressources générées par les

entrées.  La « subrogation » imposera à l’exploitant d’assumer les termes

de son propre contrat mais, également les responsabilités de l’Association

en matière d’image de la Marine et de conservation du bâtiment qui reste

propriété de l’Etat Français.

L’Association des Amis du Croiseur Colbert est crée en Mars 1989 et, faute

de ressources propres, elle entreprend de convaincre les autorités locales

d’apporter leur aide à la mise en place d’une animation sur les quais. Le

Commandant Yves La Prairie et l’Amiral Chaperon sont séduits par l’idée et

apportent leur concours. Le Président Jacques Chaban-Delmas, convaincu

qu’on ne peut pas laisser les quais de la Garonne dans cet état de

délabrement, finit par donner son accord pour aider l’Association à faire

venir le Croiseur à Bordeaux. Dans la foulée, la C.U.B., le Conseil Général

et le Conseil Régional donnent leur accord pour participer.

photo Litoux 1969

Le devis est établi et chacune des quatre collectivités territoriales s’engage à verser un quart du montant nécessaire. Les contrats sont signés en

présence du Président Chaban-Delmas le 18 Décembre 92. La Société de Mise en Valeur du Patrimoine, filiale du Groupe Accor, obtient la sous-

concession après s’être engagée à investir le même montant que celui attribué par les collectivités territoriales.

Les travaux de préparation du remorquage et d’aménagement nécessaire pour obtenir les autorisations de fréquentation du public sont entrepris

à Toulon. A partir de ce moment, notre Association n’exerce plus qu’un rôle de surveillance. Cette disposition a été voulue par la Marine

Nationale. La Société d’exploitation assume donc le fonctionnement, la liaison directe avec la Marine, et tient l’Association au courant.

Le COLBERT quitte Toulon le 1er Mai 1993 remorqué par l’Abeille Bretagne et arrive à Bordeaux 12 jours plus tard (voir notre reportage en page

remorqueur). Il est amarré face au cours de la Martinique.

L’exploitation commence peu après et les visiteurs affluent. On peut visiter le Croiseur et voir la vie de 600 marins à bord d’une telle unité, mais

on peut, aussi, louer le carré des officiers supérieurs pour y organiser des repas ou des réceptions de toute nature. Chacun se félicite du résultat

et les recettes permettent de dégager un peu d’argent pour entretenir le navire.

Plus de 90.000 visiteurs viennent à bord la première année. La seconde est aussi fructueuse et le temps s’écoule. Nos membres apportent leur

aide, assurent des visites guidées et prodiguent les conseils que leurs compétences de marins justifient. Malheureusement, ces conseils ne sont

guère écoutés et nous sommes de plus en plus éloignés  de notre rôle. Nous nous en ouvrons à la Marine qui le regrette mais préfère que nos

relations avec l’exploitant soient sereines pour éviter que l’image de l’opération ne puisse être ternie par la circulation d’informations sur nos

différents.

  Après 4 ans, le Groupe ACCOR décide de passer la suite à une de ses filiales : le Parc Astérix. A l’occasion de ce transfert, le Directeur local est

mis à la retraite et est remplacé par sa comptable. Les affaires deviennent moins florissantes faute d’une action commerciale soutenue. Le Parc

Astérix, à son tour, décide de se retirer et, sous la houlette d’un ancien officier de la Marine Nationale, une société locale est créée pour

reprendre l’exploitation.

A quelques temps de là, le Gérant de la SARL Le Colbert fait appel à de nouveaux investisseurs pour ouvrir un restaurant sur la plage avant. L’idée

est séduisante et de gros capitaux sont investis. Ce restaurant n’apporte malheureusement pas les résultats escomptés.

A l’occasion de tous ces changements, l’action de notre Association se limite à mettre à jour les documents contractuels au nom de chaque

nouvel exploitant. Ce qui n’empêche pas ceux-ci de faire appel à nous pour les tâches dont ils ignorent la technicité, comme, en particulier

l’amarrage, une partie de la muséographie et autres…

Malheureusement, depuis le départ du Groupe ACCOR, l’entretien laisse à désirer malgré les efforts déployés par l’Association pour s’entourer

d’intervenants extérieurs, l’état du musée se dégrade et nous ne pouvons que constater que l’action des exploitants successifs se limite à la

recherche de profits….

Au début de l’année 2005, la Ville de Bordeaux demande que le Croiseur ait bon aspect dans le cadre de l’aménagement des quais. L’Association

est, depuis de nombreuses années, incitée à manifester une attitude tolérante à l’égard des gérants successifs. Néanmoins, elle est responsable,

au regard des textes, de l’image du Croiseur et la situation actuelle ne lui convient pas. Elle se sent en mesure de proposer des solutions plus

adaptées pour gérer le Croiseur…. Mais sera-t-elle entendue ???

Philippe Gaiffe

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