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Colbert

Les chasses

Les chasses ont pour but de débarrasser après chaque coup, l'intérieur du tube du canon, des gaz et résidus de poudre en ignition. La poudre en brûlant se transforme en gaz de diverses espèces : certains, comme l'oxyde de carbone, sont des poisons, d'autres sont susceptibles de se réenflammer et même, par leur mélange avec l'oxygène de l'air, de détoner à la bouche du canon. Tous ces gaz ne s'échappent pas par la bouche ou à la suite du projectile. Aussi, à l'ouverture de la culasse, on risque de les recevoir sur l'arrière de la pièce, ce qui, dans une tourelle, risquerait d'incommoder dangereusement le personnel. On combat ces dangers en envoyant des chasses d'air comprimé, qui ont pour rôle de chasser par la bouche, les gaz restant dans le canon après le départ du coup. Sur les canons de calibre 57, la rapidité d'éjection de la douille est suffisante pour ne pas rendre nécessaire l'installation d'une chasse. Par contre les calibres de 100 et 127 en étaient munis. Pour les canons tirant des gargousses (380), on effectue en plus des chasses d'air, des chasses d'eau qui ont pour but d'éteindre les résidus en ignition et refroidir les parois de la chambre à poudre. Sur un canon de 127, la pression de l'air de chasse était de 135 kg/cm2.

 Le frein

 Le frein est un appareil qui sert à modérer et limiter le recul, à modérer la rentrée en batterie. Au départ du coup, la pression des gaz qui s'exerce sur les parois de la chambre à poudre et sur la face avant de la culasse va produire un mouvement de la pièce vers l'arrière appelé "recul". On ne peut pas laisser le canon reculer librement, faute de place. Il faut l'arrêter rapidement sur 20 centimètres environ pour un canon de 40 millimètres, sur 1,30 mètre pour un canon de 380 millimètres. Le rôle essentiel du frein est de ralentir d'abord, puis d'arrêter le mouvement de recul. Quand le frein a arrêté le recul, le récupérateur ramène la pièce en position de tir ou batterie. Tous les freins de la Marine sont hydrauliques. Ils comprennent un cylindre rempli de liquide dans lequel coulisse un piston. Comme les liquides sont incompressibles, le piston ne peut se déplacer dans le cylindre que si le liquide passe d'un bord à l'autre du piston. Cet écoulement a lieu par de petits orifices ou lumières calibrés qui ne laisse passer le liquide que lentement pour absorber le recul du canon. Le mouvement du piston est donc freiné et, avec lui, le mouvement de la masse reculante à laquelle est fixée la tige.  

 Le récupérateur

 Alors que le frein va absorber le recul du canon, le récupérateur va lui ramener la pièce en batterie, c'est-à-dire en position de tir et de la maintenir en batterie sous tous les angles de tir. Le récupérateur, comme le frein, sera donc un appareil élastique. Il emmagasine une partie de l'énergie de recul qui est utilisé à comprimer un dispositif élastique constitué soit par des ressorts, soit par de l'air comprimé contenu dans un récipient étanche. Lorsque le frein a stoppé le mouvement de recul du canon, l'air ou le ressort en se décomprimant ramène la pièce en batterie. Les récupérateurs à ressorts sont utiles sur les matériels automatiques jusqu'au calibre 57 inclus. Pour les calibres supérieurs, ce sont des récupérateurs à air.

 L'affût ou la tourelle

 L'affût est l'ensemble des appareils destinés à supporter la bouche à feu et à permettre de l'orienter dans la direction convenable. Un affût comprendra les dispositifs suivants : -          le support de la bouche à feu appelé berceau à l'intérieur duquel, le canon peut coulisser au recul et les appareils formant une liaison élastique entre le berceau et la partie reculant, frein et récupérateur. -          des organes reliant le berceau au bâtiment et permettant d'orienter la bouche à feu par rapport à la plate-forme.

 Constitution d'un affût

 À son embarquement, le matériel vient reposer sur une surface circulaire plane soudée ou rivée au pont que l'on appelle "la sous-sellette". La partie supérieur, parfaitement plane et perpendiculaire au plan de symétrie du bâtiment, constitue le plan de pose de la pièce. La sellette qui constitue le support fixe de l'affût est boulonnée sur la sous-sellette ou collerette. La sellette porte la circulaire dentée avec laquelle engrène le pignon de pointage latéral de l'affût. Le chemin de roulement transmet à la sellette les efforts exercés par la partie mobile : poids et réaction de tir. Il est constitué par une couronne de billes ou de galets. Aux réactions du tir, l'affût a tendance à se soulever. Pour éviter cette tendance l'affût porte des agrafes, au nombre de trois, en général, qui coulissent le long d'une corniche circulaire de la sellette.

 Le masque

 C'est l'habillage d'une tourelle destiné à protéger le matériel et le personnel contre les effets de souffle, les embruns et, évidemment, les coups de l'adversaire.

Le pointage latéral

 Le rôle des appareils de pointage latéral est d'orienter la pièce en direction, c'est-à-dire de la faire tourner autour d'un axe perpendiculaire à la sellette. L'énergie nécessaire pour faire tourner la transmission est produite par un moteur électrique puissant. En effet, les masses à entraîner sont importantes et les vitesses de pointage exigées par le tir C.A sont grandes. Un exemple : sur le 127, poids de 43 tonnes et 30°/seconde de vitesse maximum au pointage latéral, ce qui nécessitait un moteur dont la puissance au démarrage était importante.

 Le pointage vertical

 Il a pour but d'orienter la pièce en la faisant tourner autour d'un axe parallèle à la sellette : l'axe des tourillons. Il est organisé suivant les mêmes principes que le pointage latéral. L'arbre du moteur est horizontal, alors que pour le pointage latéral il est vertical. On n'a ainsi que des transmissions par pignons droits. La commande des affûts peut être en commande locale, ou en télécommande sur un télépointeur.

Le champs de battage

 Pour un matériel, c'est la zone de pointage possible dans les conditions particulières de son implantation à bord. La limite des zones de pointage dépend, dans une certaine mesure, des caractéristiques propres du matériel. Ainsi un matériel de 57 ne peut dépasser les amplitudes de pointage suivants : -          de – 8°à + 93° en pointage vertical, en raison des butées portées par le masque. -          270° (soit trois quarts de tour) dans chaque sens à partir de la position se verrouillage en pointage latéral, en raison de la torsion du traînard (ensemble des câbles arrivant à l'affût pour l'alimentation électrique ou les tuyaux de refroidissement des tubes).

 Protection des zones dangereuses

 Les matériels sont munis d'un appareil interdisant la mise à feu électrique dans les zones dangereuses pour le bâtiment, c'est-à-dire sur les superstructures et au voisinage immédiat de celles-ci. Il est constitué de la manière suivante : Une came plane est montée sur un disque entraîné au pointage latéral de l'affût. Sur une vis sans fin tournant au pointage vertical est placé un écrou portant l'interrupteur poussoir de mise à feu quand l'affût arrive dans une zone où le tir est dangereux pour le bâtiment, la came soulève le poussoir et la mise à feu est interdite. Quand la pièce revient dans une zone où le tir n'est plus dangereux, la came cesse d'agir sous l'action de son ressort, le poussoir revient et la mise à feu est autorisée

Adrien Etcheverry

   
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     Le fonctionnement du canon par Adrien Etcheverry - 2ème partie
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