Colbert
Dans le numéro 22 de Colbert infos, je vous promettais de vous expliquer le fonctionnement des canons, des obus en tirs antiaériens. Un canon ne se limite pas à son seul tube qui tire des obus, mais à toute une mécanique qui en font une pièce protégée dans une tourelle avec une liaison jusqu’aux soutes à munitions. Je vais commencer par l'évolution de ces canons au fil des temps et en faire ainsi un petit historique, bien sur sans prétention de titre de référence, et terminer par les canons embarqués sur le Colbert de 1959 à 1992, c'est-à-dire les 57 mm, les 127 mm et les 100mm qui ont remplacé les 127 mm. Afin d'éviter aux lecteurs d'aller en fin de chapitre retrouver le numéro d'un mot un peu trop technique ou pas très courant et ainsi avoir sa définition, j'ai préféré l'expliquer au fur et à mesure entre guillemets pour conserver le fil du sujet. Les sources pour effectuer cet article sont : l'encyclopédie pratique des inventions et des techniques des éditions Atlas et le manuel du canonnier N° 5151 A de la Marine Nationale de 1958. Le mot « canon », pris dans son sens le plus large, désigne communément un engin de guerre capable de lancer un projectile grâce à l'expansion des gaz de combustion d'une charge explosive, destiné à produire des effets destructeurs. Il semblerait que les premiers canons sont apparus en Europe occidentale au premier  quart du XIVème siècle. Il s'agit alors d'un tube de métal en forme de vase tirant une grosse flèche ressemblant au carreau d'une arbalète (carreau : grosse flèche d'arbalète dont le fer avait quatre faces). Selon des documents d'archives, un inventaire écrit en « anglais du roi » fait état, en 1338, de pièces d'artillerie embarquées sur des navires. La tradition veut, sans doute avec raison, que des pièces d?artillerie aient été utilisées par Édouard III d?Angleterre au siège de Cambrai (1339). Ces premières pièces d'artillerie portaient alors le nom de « veuglaires », « bombardes », « pote à feu », etc. Elles étaient constituées d'un assemblage de douve de fer (du même principe que pour la construction des tonneaux en bois, mais là tout est métallique) soudées à la forge et frettées ensuite d?anneaux métalliques de façon à former un tube ouvert à une extrémité et percé, à l'autre, d'une « lumière », petite ouverture par laquelle on enflammait la poudre grâce à un fer rouge ou un charbon ardent. On distinguera, jusqu'à la fin du XVe siècle, deux types de canons : ceux se chargeant par la bouche, dans lesquels la chambre à feu est forgée et soudée au « baril », sorte de tromblon-lanceur destiné à recevoir le ou les projectiles, et ceux se chargeant par la culasse. Ces derniers se composent de deux parties distinctes ; Un tube ouvert au deux bouts servant de lanceur (selon son calibre et sa longueur, il sera nommé « volée », « trompe » ou « baril ») et une chambre à feu, souvent munie d'une poignée. Celle-ci était partiellement emplie de poudre, bouchée par une bande et, une fois le joint rendu étanche avec de l'étoupe (filasse grossière de chanvre, de lin ou de coton de nos jours), adaptée à l'arrière de la volée (la volée est la partie d'un canon entre la bouche et la partie frettée portant les tourillons ou pivots). La chambre était bloquée contre l'affût avec un coin de fer enfoncé au marteau. Le projectile, qui pouvait être de pierre ou de métal, était alors introduit par l'extrémité libre de la volée. La chambre à feu était munie d'une lumière pour l'allumage de la charge. Dès le début du XVème siècle, les pièces d'artillerie, se diversifièrent, avec la couleuvrine (pièce de petit calibre en fer forgé, très allongée et comportant souvent une boîte à poudre amovible, retenue par des coins de bois dans un étrier), premier essai de chargement par la culasse. Vers 1450, les couleuvrines étaient montées sur des affûts à roues comportant un dispositif primitif de pointage en hauteur. À la fin du siècle, les canons étaient coulés en bronze, technique qui permettait la fabrication de pièces de dimensions considérables. Dans ces grosses pièces, la volée et la chambre étaient raccordées par vissage pour en faciliter le transport. Les pièces moins importantes étaient coulées d'un seul bloc dans un métal suffisamment homogène pour entraîner la disparition progressive des pièces en fer frettées. Durant le XVIème siècle, le canon proprement dit ne fera guère de progrès, mais l'affût s’ allégera, deviendra plus maniable, tandis que se développera une technique d'utilisation de cette « arme nouvelle ». On commencera à trouver des tables de tir et des manuels traitant des problèmes de visée, de trajectoire et de balistique. Au cours de la bataille de Marignan, l'artillerie française comprenait 72 pièces d?artillerie de différents calibres. Cette diversité de tailles et de modèles causait de grandes difficultés d'approvisionnement, et Charles Quint, en 1530, pris la décision de limiter son artillerie à cinq calibres de canon, calibres calculés à partir du poids en livres du projectile. Vers 1650, le canon adoptera la forme qu?il gardera jusqu?au milieu du XIX e siècle : c?était un tube à âme lisse, de fer ou de bronze, solidaire de son affût grâce à des tourillons et chargé par la bouche. Il tirait des projectiles sphériques, boulets pleins, obus ou bombes et des boîtes à mitrailles. Pour le canon embarqué, ses boulets pouvaient être doubles, reliés entre eux par un fer rond ou carré, voir une chaîne, pour endommager les haubans et les voiles. Il était devenu plus -+sûr, plus précis, et sa portée utile avait augmenté. L'artillerie était dès lors étroitement spécialisée : artillerie de campagne, de place, de siège et de marine. Les calibres étaient pratiquement normalisés (en France, on trouvait des pièces de 4,8,12,16 et 24 livres de balles (livre : ancienne mesure de masse qui en France valait 489,5 g), tandis que les calibres des mortiers (canon à âme lisse, spécialement destiné à faire du tir courbe sur des objectifs non visibles ou masqués) étaient calculés, eux, d'après le diamètre du projectile de 6 et 8 pouces (ancienne unité de mesure de longueur qui valait 27,07 mm. La valeur du pouce actuel est de 25,4 mm).   Les affûts étaient à doubles flasques et composés d'un madrier central et de deux crosses parallèles reliées par des entretoises. L'essieu portant les roues étaient fixé à l'avant, tandis que la partie arrière des crosses prenait appui sur le sol. Le tube était maintenu en place par des tourillons retenus par des colliers métalliques. L'ensemble était lourd et le pointage en direction nécessitait deux hommes munis de leviers. L'élévation était aussi primitive car le tube était incliné à l'aide de leviers et calé avec des coins en bois (coins de mire). Tout ce système lent et incommode, a été remplacé vers 1750 par la vis de pointage (tige filetée tournant dans une sorte d'écrou fixé à l'entretoise centrale de l'affût et dont la tête reposait sous la culasse). Le recul était de près de 2 m et nécessitait une remise en batterie après chaque tir.   À la fin du XVIIIème siècle, l'ingénieur français Gribeauval fut le promoteur d'importantes réformes dans la conception de l'artillerie. Il généralisa l'emploi de l'obusier de campagne (obusier : canon court qui effectue un tir vertical ou un tir plongeant), perfectionna l'avant-train (véhicule léger situé entre la pièce et son attelage). L'affût fut lui-même allégé, ce qui permis son pointage par un seul homme. Le chargement et le tir d'une pièce de canon se pratiquaient de la façon suivante : la « cartouche à boulet » était composée de la « gargousse (sac de tissu renfermant la poudre) et du boulet maintenu sur un sabot de bois par deux bandelettes métalliques en croix, le tout étant enfoncé dans l?âme du canon avec « un refouloir » ; le chef de pièce crevait alors la gargousse en enfonçant un « dégorgeoir » dans le trou de la lumière, puis il y plaçait une « étoupille » (fusée d'amorce contenant une substance inflammable). La pièce était alors pointée en hauteur et en direction, puis, au commandement "Feu", un servant utilisait une « lance à feu » et allumait l'extrémité de l'étoupille, qui communiquait le feu à la charge. La cadence de tir d'une pièce de 12 était de 3 coups à la minute ; sa portée maximale, sous un angle de tir de 15°, était de 2500 m et sa portée utile d'environ 900 m. À cette distance, les coups portés au but étaient de un sur quatre, mais, étant donné la « formation serrée » qui était adoptée à cette époque par l'infanterie, il n'était pas rare de voir un seul boulet rond faucher trente à quarante hommes. Un progrès majeur dans la construction des canons consista, en 1846, à rayer l'âme de la pièce de façon à stabiliser la trajectoire du projectile en lui imprimant un mouvement de rotation sur lui-même. Le boulet sphérique fut alors remplacé par un projectile cylindro-ogival en fer trempé enrobé de plomb (afin qu'il puisse « mordre » les rayures et s?imprimer son mouvement de rotation sur lui-même), la pièce étant toujours chargée par la bouche, mais le procédé de chargement était extrêmement long. Pour remédier à cet inconvénient, les ingénieurs mirent au point des systèmes de chargement par la culasse verrouillée à l'aide de coins et de culots à vis. Le principe de chargement par la culasse fut repris un peu plus tard par Krupp (verrouillage transversal), par Poule et Whitworth (verrouillage à vis), et par Treuil de Beaulieu (verrouillage par bloc-culasse à filets interrompus). Une ceinture de forcement en métal ductile (métal malléable qui peut être étiré ou allongé sans se rompre) remplaça le plomb autour des obus qui étaient pourvus de fusées percutantes ou fusantes (fusées à temps). Dans les dernières années du XIX e siècle se développa un système d'artillerie de campagne à tir rapide caractérisé par le canon français de 75 mm. Celui-ci utilisait un système révolutionnaire de frein oléopneumatique, disposé sous le tube, neutralisant la force du recul et ramenant la pièce en position de tir. Servie par des artilleurs entraînés, la pièce de 75 mm était capable de tirer de 20 à 25 obus par minutes, avec une vitesse initiale élevée et selon une trajectoire tendue. La technologie du canon proprement dit n'évolua que très peu entre les deux conflits mondiaux. L'arrivée de l'aviation et des blindés va nécessiter la construction de pièces d'artillerie hautement spécialisées. Le canon antiaérien fut développé au cours des années trente. C'était une pièce légère pouvant être mise rapidement en batterie et comportant un système de pointage accéléré. Les calibres les plus courants étaient le 20 mm et le 40 mm. Les pièces étaient employées seules ou montées sur affût double ou quadruple et pouvaient tirer sur des cibles évoluant à 600 km/h, à des altitudes de 1000 m et plus. Elles tiraient des projectiles fusants à la cadence de 500 à 700 par minute. Les pièces antiaériennes lourdes de 75 à 128 mm étaient susceptibles de tirer à plus de 18 km en utilisant des équipements de tir de plus en plus complexes et des systèmes de chargements automatiques. Adrien Etcheverry
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     Des canons dans l’histoire par Adrien Etchevery
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