Colbert
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Le tremblement de terre d’Agadir
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 Le récit du CV Henri Bigot

En février 1960 le Croiseur COLBERT, qui portait la marque de l'Amiral CABANIER effectuait des man?uvres en Méditerranée. L'escadre de Méditerranée devait également faire une visite aux îles Canaries. Le COLBERT faisait donc route vers Las Palmas et devait se présenter à 08h00, comme c'est la règle, le 29 février 1960. Dans la nuit précédente, nous avions reçu un message nous informant du tremblement de terre qui s'était produit à 23h30 à Agadir. Avant d'entrer à LAS PALMAS, l'amiral avait ordonné au reste de l'escadre de rester en grand-rade et de mouiller en attendant les instructions ultérieures. Dès le COLBERT accosté, l'Amiral partit faire ses visites officielles, qui ne furent pas rendues, du reste. Au contraire, à son retour a bord, l'amiral donna l'ordre d'appareillage. Le Capitaine de Vaisseau SALMON, Commandant du COLBERT, appareilla en arrière, s'évita et sortit des passes. photo Piere Le Quellec  L'escadre avait reçu l'ordre de rallier le COLBERT et de faire route vers AGADIR, vitesse prescrite 30 noeuds. Le passage de toute l'escadre à cette vitesse, entre l'île de  FUERTAVENTURA et l'île de LANZAROTE, sans être un exploit, était quand même assez spectaculaire. Nous sommes arrivés au mouillage devant AGADIR vers 23h00.  L'Etat-Major, pendant la traversée, avait rédigé les ordres nécessaires pour constituer, avec tous les navires de l'escadre, un corps de débarquement assez important. Il  se trouve que j'étais à l'époque le Lieutenant de Vaisseau, officier fusilier du COLBERT, fusilier d'escadre, et j'ai été naturellement désigné pour commander ce corps de  débarquement qui finalement était à l'effectif d'environ 500 hommes, c'est à dire un petit bataillon.  Nous fumes transportés à terre grâce aux embarcations du bord, le lendemain au lever au jour, avec un peu de matériel: des tentes, des couvertures, des tables et des  chaises. Un Etat Major réduit avait aussi été installé à terre avec des moyens de fortune et des postes de radio. Il était sous les ordres du Capitaine de Frégate de  JOYBERT, futur Chef d'Etat Major de la Marine. Il avait pour mission de commander et de coordonner les éléments français et étrangers qui pouvaient être mis à terre.  Une antenne médicale avait également été organisée à terre avec des médecins et des infirmiers prélevés sur les différents navires de l'escadre.  Nous sommes restés 6 jours, si ma mémoire est bonne, à travailler dans les décombres pour en extraire les vivants, les blessés et les morts. Au bout de trois jours  l'odeur était devenue épouvantable car le soleil marocain n'arrangeait pas les  choses. Naturellement il y avait des maisons privées, des magasins éventrés, des  garages et des voitures: toutes sortes de choses qui étaient tentantes et  accessibles à tous. Pour éviter les pillages, j'avais ordonné de faire des  patrouilles à pied ou en voitures réquisitionnées, phares allumés bien sûr, dès la  tombée de la nuit. Tous les groupes électrogènes trouvés avaient été mis en  service par nos marins de façon à pouvoir continuer a travailler la nuit. Un  couvre-­feu avait été décidé et les patrouilles avaient ordre de tirer à vue, sans  sommation. De sorte qu'on n'a pas eu beaucoup de pillards.  Grâce à nos médecins et à nos marins beaucoup de blessés ont pu être sauvés,  souvent dans des conditions dramatiques. Pour pouvoir dégager certains  blessés, pris sous des blocs de pierre, il fallut que nos médecins fassent des  amputations sur place, avec une anesthésie locale. Mais les blessés ont vécu.  Quand on avait des cas graves, on envoyait les blessés, soit a l'infirmerie de la  BAN AGADIR, soit sur les grands bâtiments qui disposaient d'un bloc opératoire  et de chirurgiens.   le Kersaint, nez dans la plume, se présente pour un ravitaillement, quelques  jours avant la drame - photo P. le Quellec   Comme les immeubles à étages, s'étaient effondrés, un certain nombre de gens  ont tenté de sauter par les fenêtres mais les étages étaient constitués de dalles  de béton qui se sont empilées les unes sur les autres et ces pauvres gens sont morts pendus, les mains coincées entre deux dalles de béton. Il fallut leur couper les  poignets pour les sortir de là. Il y avait tellement de cadavres qu'il fut nécessaire de faire des tranchées au bulldozer pour y jeter les cadavres transportés dans des GMC  militaires. En somme ce fut une tâche nécessaire, utile, mais assez pénible.  Il faut rendre hommage à la BAN AGADIR, car une grande partie des rescapés blessés ont été ramassés par des marins de la base  qui furent les premiers à intervenir. Les chirurgiens de la BAN ont opéré sans discontinuer pendant tous ces jours affreux. Tout ce  qu'il y avait en ville comme personnel de santé civil, avait, bien sur, été sollicité pour aider.  Il faut aussi noter que le porte-avions Hollandais KAREL DORMAN, informé de la catastrophe nous rallia sur rade et mit à terre un  détachement important, et enfin que des petits bâtiments de la marine marocaine vinrent également prêter main forte. Par ailleurs  les Forces Armées Royales marocaines avaient envoyé de Casablanca par la route, une unité du Génie avec des engins et des  groupes électrogènes.  Le Prince Héritier, futur HASSAN Il, était venu sur place assister aux opérations, et c'est lui qui a pris la décision d'arrêter les travaux  en raison des risques d'épidémie. Ce qui restait de la ville fut isolé, interdit d'accès pendant des mois, jusqu'à ce que le  gouvernement marocain autorise la reconstruction. Naturellement les années ont passé et les souvenirs s'estompent, mais c'est un  témoignage qui malgré des lacunes ou des inexactitudes involontaires sera peut être de quelque intérêt pour les jeunes  générations. photo P. Le Quellec  Capitaine de Vaisseau (R) Henry BIGOT    Une précision de Alain Van Mechelen suite au témoignage du commandant Bigot   "Suite à l'article sur Agadir écrit par le Capitaine de Vaisseau Henry BIGOT, paru dans le Colbert Infos N°13 de Novembre 2000, je vous joins la copie du message envoyé  par le Premier Ministre de l'époque. Ce message a été inséré dans tous les dossiers militaires des personnels présents à bord et ayant participé aux opérations de  sauvetage." MESSAGE DU 6 MARS 1960 Origine ~ Premier Ministre ~ Monsieur Michel DEBRE ~ Le Gouvernement de la République Française à vivement apprécié la  promptitude avec laquelle vous avez répondu à son appel en portant l'Escadre au secours des populations sinistrées d'Agadir, ainsi que le dévouement et l'efficacité  intelligente dont ont fait preuve au cours des travaux de sauvetage, les Etats Majors et les Equipages. Mention spéciale doit être faite pour le service de Santé qui a  réussi malgré les conditions difficiles à sauver de nombreuses vies humaines. Je vous demande de transmettre ce témoignage de ma satisfaction à tous les Officiers,  Officiers Mariniers, Quartiers maitres et Marins sous vos ordres. Signé, Michel DEBRE. "